Kleeman's Globe

"Le monde dans lequel chacun vit dépend de la façon de le concevoir." A. Schopenhauer

Un autre monde est possible !

avec 7 commentaires

“Le mouvement altermondialiste n’offre aucune alternative viable” déclarait Dominique Strauss-Kahn, directeur général du fonds monétaire international (FMI), invité de l’émission d’Arlette Chabot “A vous de juger”, le 26 mars dernier. Une émission qui avait pour objectif de réfléchir aux causes de la crise, et au monde, nécessairement différent, qui accouchera de cette dernière. Qui de mieux placé, donc, pour aborder ces sujets,que le directeur général du FMI ? Un choix qui, s’il ne relève pas d’une ligne éditoriale, ne risque pas, non plus, de relever d’une grande clairvoyance de l’ordre international. Passons. Et effectuons un bref retour en arrière.

Le 2 avril dernier se tenait, à Londres, le G20. Les 20 plus grandes puissances de la planète s’étaient réunies, donc, pour repeindre allègrement, la façade de la mondialisation. A noter qu’ils avaient dû faire fi d’une couche d’anti-fooling, car quiconque suit l’actualité comprend que la peinture c’est depuis très largement effritée.

Au premier abord, on ne devrait pas faire la fine bouche en jugeant la volonté des principaux acteurs du sommet: On promet de s’attaquer aux paradis fiscaux (au secret bancaire, aux plates-formes offshore défiscalisées), on ambitionne de mieux contrôler les hedge funds, on veut revenir sur les normes comptables (l’enregistrement des actifs à leur juste valeur [fair-value]) qui ont précipité la faillite des banques, on veut repenser les ratios prudentiels des établissements financiers, on veut remodeler les rémunérations des acteurs de marchés, on se prépare à mieux encadrer le travail des agences de notation, on parle même de “réengager les mécanismes de titrisation sur des bases saines” (1)  Alors de quoi se plaint-on ?  Et ce n’est pas terminé.

Le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner,  a déclaré, jeudi 28 mai «Ma conviction est qu’il faut aujourd’hui tirer le meilleur bénéfice de l’interdépendance financière des marchés internationaux en prélevant une fraction des transactions quotidiennes sur une base volontaire, parce que le financement du développement doit devenir un impératif moral”. La fameuse taxe tobin ! Une déclaration clairement entachée d’arrière pensée électoraliste. Et c’est justement là que le bât blesse. Car si la taxe Tobin apparait sans nul doute comme étant une idée du mouvement altermondialiste, s’en servir à des fins de pure politique politicienne montre à quel point notre French doctor a renié ses valeurs, jadis tant louées ; et à quel point, aussi, ce mouvement propose des alternatives viables.

A écouter Domique strauss-Kahn, à lire la déclaration du G20 de londres, à écouter les propos de Bernard kouchner, on comprend mieux pourquoi les mouvement alternatifs ne font pas la une des journaux: Il ya 12 mois encore personne n’aurait ramasseé un tract altermondialiste réclamant toutes ces mesures: ce qui dérange ? Le fait qu’un autre monde soit possible.

(1) Le monde diplomatique, avril 2009

Renault Clément

Rédigé par kleeman22

13 août 2009 à 19:51

Publié dans Les carnets libres

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7 réponses

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  1. C’est encore ce dont je parlais dans ton article futur déjà publié (je ne vois pas où est le problème dans cette phrase :) , mêler intérêts personnels et politique est une grave erreur. À force de plaider pour le professionnalisme au sein des institutions politiques on a créé un monde où les idées venant de la masse grouillante sont niées ou reprise à des fins électoralistes. Quand comprendra-t-on que la politique est bien plus qu’un vote tous les 5 ans pour élire des dirigeants? La politique est universelle et ne doit pas revenir dans les seules mains d’une classe dirigeante. La politique c’est nous.
    L’univers dit “politique” aujourd’hui ne devrait même plus être appelé ainsi tant il diffère de la définition du politique. On assiste seulement à une vaste mascarade, et ce qui m’attriste c’est que globalement il en a toujours été ainsi.

    François

    20 août 2009 à 09:09

    • “Quand comprendra-t-on que la politique est bien plus qu’un vote tous les 5 ans pour élire des dirigeants?” La question est posée. Et je vais même aller plus loin. La politique à cessé, selon moi, d’être de la politique lorsqu’elle est devenue une fonction, un métier. ambitionner de devenir un homme politique aujourd’hui, c’est ambitionner de faire dépendre sa carrière du bon jugement des autres. Comment, dés lors, penser au bien commun, lorsque mon bien particulier en dépend ? On franchit ainsi très vite la barrière en passant de l’objectif noble à la pensée machiavélique au premier sens du terme( soit commun se maintenir au pouvoir ou du moins y accéder). Ainsi on retombe sur nos pieds et là ou la politique doit travailler à l’évolution de la société dans le temps, et dans le long terme, elle travaille désormais au bien de l’Homme politique dans le court terme,et les élections sont ainsi réduite, tous les 5 ans, à un vote pour des dirigeants. Alors ,de fait, la définition de l’homme politique actuel est bien loin de son acception première (Peut-on encore le qualifié de politique ? c’est ce que tu disais) .
      De plus , à la conception éronnée de l’homme politique s’ajoute également une fausse considération du citoyen. Quel votant aujourd’hui ne s’enferme pas dans l’isoloir en pensant à son bien particulier ? je m’explique. Que l’on soit cadre, agriculteur, financier, vignoble.. Chaque citoyen vote en fonction de ce que le dirigeant politique promet de lui apporter,à lui, à sa classe sociale, à son secteur d’activité. Le citoyen, la non plus, ne remplit pas son rôle, il se doit de penser à la société toute entière lorsqu’il s’enferme dans l’isoloir. On a alors affaire à une querelle des égos tant dans les milieux du pouvoir que dans le bas-peuple. On voit apparaitre avec cette forme de pensée (qui résulte de cause dont il serait intéressant de discuter), le fameux “despotisme démocratique dont Tocqueville nous mettait en garde au XIXème siècle. Avec une telle forme d’organisation de la société peut on encore parler de démocratie saine ?

      kleeman22

      24 août 2009 à 10:57

  2. “Avec une telle forme d’organisation de la société peut on encore parler de démocratie saine ?”

    Bien sûr que non. On a du spectacle, oui. Des élections qui font la une des journaux avant et après qu’elles aient lieu pendant plusieurs semaines, des dirigeants photographiés en train de bronzer et publié sur des magazines juste à coté de la dernière actrice porno à la mode, des querelles entre membres de gros partis juste pour le principe, vu qu’au fond ils sont tous d’accord idéologiquement pour faire perdurer cette blague qu’on ose encore nommer “démocratie représentative”.
    J’étais tombé une fois sur une phrase de Diderot ou de Rousseau qui disait “à partir du moment où un peuple se dote de dirigeants, il cesse d’être démocratique” (mais j’ai pas réussi à trouver la source pour vérifier). L’espace qui se créé entre les électeurs et les élus se transforme forcément très vide en vide. Ces deux classes ne peuvent guère avoir des intérêts communs, puisque la première vit sur le dos des autres alors que la seconde paie la première pour se faire battre lé-gi-ti-me-ment, s’il vous plait.
    Le vote aujourd’hui est peut être même l’acte anti-politique par excellence, puisqu’il signifie qu’on abandonne le contrôle de sa vie et la manière de l’organiser à des gens dont on ne connait rien se ce n’est la tendance à être corrompus.

    Pour revenir à ton article, Strauss Khan est le caricature du mec qui se fait élire à gauche (enfin, PS quoi) et qui tiens des propos droitistes. Pas étonnant qu’il démonte le mouvement qui essaye de le discréditer.

    Et puis le pouvoir a toujours eu le fabuleux don de récupérer et de détourner à des fins morbides ce qu’il était trop dangereux de détruire. Les thèses altermondialistes n’en sont qu’un exemple de plus.

    Glandeur

    26 août 2009 à 17:06

  3. Je suis en partie d’accord avec la première partie de ton raisonnement. En revanche lorsque que tu nous explique qu’aller voter c’est abandonner le contrôle de sa vie, là je pense que tu dérape. Si voter c’est abandonner le contrôle de sa vie alors dans ce cas, si je suis le cours de ta pensée: ne pas voter signifierait reprendre celle-ci en main. Or, ne pas aller ds l’isoloir c’est ne pas jouer son rôle de citoyen, donc ne pas faire fonctionner la démocratie. C’est pour le coup abandonner son sort au vote des autres et à ces hommes politiques que tu déclare”corrompu”. Comment alors ce permettre de dire que la démocratie ne vas pas bien lorsque moi, citoyen, je m’efforce de ne pas la faire vivre ? On ne peut pas se poser en victime (dire que la démocratie vacille)lorsque l’on participe à son “auto-victimisation” (ne pas faire tout ce qui est en son pouvoir pour justement la faire fonctionner correctement).
    Par ailleurs nos hommes politiques sont des gens que l’on connait, encore faut-il se donner la peine de les connaitre. il existe de nombreuses sources d’informations pour connaitre un homme politiques. il faut bien entendu aller au delà de France télévision ou du “monde”. Son histoire, son passé politique, les lois votés s’il est ou était député…etc. tout est trouvable. Notre démocratie vacille, c’est un fait, mais ce n’est certainement pas une fatalité. Et le genre de raisonnement que tu as exposé participe de ce délitement.

    kleeman22

    29 août 2009 à 19:21

  4. “Si voter c’est abandonner le contrôle de sa vie alors dans ce cas, si je suis le cours de ta pensée: ne pas voter signifierait reprendre celle-ci en main.”

    L’absurdité de la chose est en effet flagrante. Ne pas voter n’est pas nécessairement un acte politique.

    Je comprends bien ce que tu dis, Glandeur, ne pas voter a pour toi une signification toute propre et contestataire. Mais, ne pas voter n’a une signification politique qu’à la seule condition d’avoir la possibilité de voter. Si tu n’avais pas la possibilité de voter, tu ne prendrais pas plus ta vie en main.
    On peut prendre sa vie en main autrement qu’en refusant l’ingérence des autres. En te confiant à quelqu’un tu ne t’aliènes pas nécessairement à celui-ci, sinon nous serions tous atteints de pathologies sociales.
    Je comprends bien que tu refuses de t’en remettre à ces gens-là, moi aussi, ceci dit j’ai du mal avec le fait de dire que l’élection confère tout pouvoir à l’homme politique jusqu’au viol de ta propre intégrité. Si tu estimes que lorsque tu votes tu t’asservis volontairement et complètement (de la tête au pied et au-delà) comme un esclave, je pense que ta vision du vote est fortement déformée.

    François

    29 août 2009 à 20:46

  5. “si je suis le cours de ta pensée: ne pas voter signifierait reprendre celle-ci en main.”

    Sauf que tu suis le cours de ma pensée en la faisant aller dans une direction que je ne souhaitais pas. J’ai dis que voter revient en quelque part à confier l’organisation de sa vie à des gens à qui on ne peut vraisemblablement guère faire confiance, mais comme l’a dit François :

    “Ne pas voter n’est pas nécessairement un acte politique.”

    Il y a deux sortes d’abstentionnistes.
    Les premiers ne votent pas simplement parce ce qu’ils se désintéressent de la chose politique. Beaucoup préfèrent ces dimanche là aller faire un jogging, rester au lit ou visiter une église… enfin bref, remplacer le temps de vote par un temps de loisir. Ce type d’abstentionnistes n’est guère dangereux pour le gouvernement, et le pouvoir en général. Bien sûr, celui ci préfèrerait le voir se déplacer vers les urnes et légitimer sa politique destructrice, mais que ce type d’abstentionnisme n’est finalement pas très grave puisque nombreux seront les sociologues, philosophes et autres penseurs qui théoriserons une fois de plus la montée de l’individualisme et la perte des valeurs.

    L’autre type d’abstentionnisme, celui à qui je faisais référence, concerne tous ceux qui ne voient dans le vote qu’une mascarade mise en place pour donner une certaine légitimité aux dirigeants qui n’en font de toute façon que suivant leur idéologie. Par exemple, en 2005 avec le référendum sur la constitution européenne, pour la 1ere fois depuis une éternité les votes ont exprimé un avis contraire aux intérêts de ceux aux pouvoir. Le résultat, un changement de direction du vaisseau qu’on appelle encore démocratie ? Pas du tout. Dans un premier temps, les mêmes sociologues et pseudo-penseurs sont venus nous expliquer en long, en large et en travers pourquoi les français n’avaient pas bien compris les enjeux de ce référendum, et ensuite le président fraichement élu a fait passer un “mini-traité” qui avait gardé toutes les principales caractéristiques du premier traité. Le message des politiques est clair : “Contentez-vous d’aller voter, et de voter comme on vous le suggère ; sinon on fera comme si vous n’aviez pas voté”.

    C’est l’exemple récent le plus flagrant mais c’est pas le seul. En 68 pour revenir sur des symboles fort, après plusieurs semaines de luttes joyeuses et de revendications révolutionnaires, le pouvoir met en place une élection pour calmer le jeu. Il en ressort quoi ? Une des chambres les plus réactionnaires que la France ait jamais connu.

    Je ne pense pas que lorsque je vote je m’asservis “volontairement et complètement (de la tête au pied et au-delà) comme un esclave”, mais ça me fait mal au cul de voir qu’à cause d’un bout de papier que je glisse une fois tous les 5 ans dans une boîte sans en connaitre tous les tenants et les aboutissants, des connards en costume vont faire se diriger ma vie vers une direction qui me fait vomir.

    Ne pas voter, c’est un des premiers pas pour reprendre nos vies en main. La suite se construit ensemble dans des mouvements de contestation radicale.

    Glandeur

    17 septembre 2009 à 16:53

  6. Et désolé de reprendre ce débat deux semaines en retard, j’avais juste perdu l’adresse de ce blog.

    Glandeur

    17 septembre 2009 à 16:54


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